Sénégal : an 3, seconde alternance

Le 25 mars 2012, le Sénégal vivait sa seconde alternance politique. Le président Macky Sall allait succéder au président Abdoulaye Wade et ce changement à la tête de l’État avait suscité un enthousiasme et un espoir d’une envergure nationale. Trois ans après, on est tenté de se demander si cet espoir nous habite encore et si réellement, la rupture tant chantée est enfin arrivée.

Ils se sont souvenus du 25 mars 2012, moi, j’ai surtout en mémoire le 2 avril.

Je me rappelle avoir été alerté par un vacarme inhabituel. Aussitôt, je me précipitai pour sortir du bureau et voir ce qui se passait.

Je le voyais sobre et serein. Etait-il stupéfait par toute cette foule qui l’acclamait? Etait-ce parce qu’il mesurait l’ampleur de la tâche qui l’attendait ? L’espoir que tout ce monde portait en lui ? Il est seul à pouvoir répondre.

Pour ma part, cet événement avait un sens particulier. Pour la première fois, j’ai eu l’impression de pleurer alors que je n’avais enduré aucune peine.

Je l’apercevais poursuivre son chemin sur l’avenue Ponty, la foule toujours en train de l’ovationner.

De retour au bureau, l’émotion ne me quitta pas de sitôt. Je me mis à penser à tout ce qu’on avait dû subir pour en arriver à ce jour. Je revis les instants où il fallait braver les forces de l’ordre pour manifester notre désir de changement : ces nombreuses fois où il a fallu inhaler les gaz lacrymogènes pour poursuivre notre combat, quand nous prenions le risque de sortir la nuit en étant conscients qu’une balle perdue pourrait faire de nous la prochaine victime. Nous restâmes sourds à ces dangers, seulement motivés par le besoin rupture.

Trois années après, on peut être tenté de se demander si la rupture tant espérée est là ou en bonne voie, si ce combat en valait vraiment la peine…

Le postier que je suis portait un grand espoir sur ce combat. J’estimais que mon entreprise était étranglée par une certaine gestion dont le régime antérieur était complice. Aujourd’hui, la situation de la poste comme des postiers ne s’est guère améliorée ; elle est de plus en plus déplorable.

Au vu de ce qui fait l’actualité, on ne peut qu’être dubitatif. Quand la transhumance continue à se pratiquer sans gêne et qu’elle est acceptée par ceux-là qui promettaient la rupture, on ne peut qu’être déçu.

Il nous avait promis une gouvernance sobre et vertueuse, une réduction du train de vie de l’Etat et beaucoup d’autres mesures. L’annonce de son premier gouvernement avec seulement 25 ministres et un ministre d’Etat suscitait plein d’espoir. Ils sont peu à pouvoir dire avec exactitude combien de membres compte l’actuel gouvernement.

Le favoritisme ainsi que l’impunité continuent à persister et les raisons qui nous poussent à ne plus croire à la rupture tant chantée sont hélas là. Quand même, elles ne peuvent à aucun moment être en mesure d’entamer notre amour pour notre pays ni d’ébranler notre volonté à le défendre.

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