Sénégal : Rapport de l’ OFNAC, le Président SALL mis à l’épreuve

Le 24 mai passé, l’Office Nationale de Lutte contre la Fraude et la Corruption OFNAC rendait public son rapport d’activité 2014-2015. Ce dernier étant le premier depuis le démarrage effectif de ses activités en 2014 suite à sa création par la loi n° 2012-30 du 28 décembre 2012.

Tel que dit dans la présentation de l’institution dans son site internet ; sa mise en place consacre la volonté politique du Président de la République de promouvoir la probité dans la gestion des affaires publiques. Et de poursuivre en précisant que sa création résulte d’une forte exigence populaire de transparence mais aussi d’une volonté politique d’instaurer une gouvernance vertueuse.

Ainsi, la mission de l’OFNAC précisée, l’institution s’est rapidement attelée à la poursuivre.

La déclaration de patrimoine des autorités et agents publics a été pendant un bon moment vue comme l’activité principale de l’OFNAC. A part quelques apparitions lors de certaines cérémonies ou rencontres religieuses (Maoulouds, Magal…) l’institution paraissait n’exister que de nom jusqu’à la publication de son premier rapport d’activité.

Il a ainsi été découvert qu’un gigantesque travail d’investigation est mené depuis le début de son fonctionnement effectif.

Au lendemain de la diffusion du rapport, la réaction de la presse, celle des hommes politiques, de la société civile mais aussi et surtout celle des citoyens ont témoigné de l’ampleur des résultats qui ont découlé des enquêtes menées par l’institution.

Parmi les faits ayant le plus suscité de réactions, des indices graves et concordants d’infractions de faux et usage de faux, de détournement de deniers publics et de dysfonctionnements décelés au niveau de certaines structures publiques.

Le cas du Centre des Œuvres Universitaires de Dakar (COUD) et du Groupe la Poste a surtout marqué l’attention de l’opinion.

Les révélations de l’enquête en ce qui concerne le COUD sont graves à plus d’un titre.

D’abord des faits de détournements de deniers publics relatifs aux subventions d’un montant de 89 millions que le COUD a attribuées à l’occasion de la visite du Président de la République le 31 juillet 2015 à l’Université Cheikh Anta Diop.

Ces subventions ont été accordées le 13 août 2015 soit, postérieurement au déroulement de la manifestation. Aussi, l’enquête révèle qu’il n’existe aucune trace de l’effectivité des dépenses annoncées et que ces montants ont été accordés et décaissés sans suivre la procédure réglementaire qui prescrit que toute subvention doit être autorisée par le Conseil d’Administration. Le directeur ayant donc agi en méprisant absolument toutes les règles.

Par ailleurs, ces subventions relatives à la visite du chef de l’Etat n’ont pas été les seules dont le COUD n’a pas été en mesure d’apporter les pièces justificatives s’y référant. Des dizaines de millions de francs ont ainsi été soutirées des caisses du COUD sans suivre les formalités réglementaires relatives aux pièces justificatives, à l’identification des bénéficiaires et à l’objet de ces subventions.

Aussi, l’enquête dans ses résultats révèle que pour une vente aux enchères des matières reformées, le procès-verbal présente le montant de 150 161 720 francs CFA comme produit de la cession des diverses matières. De ce montant, le Commissaire-priseur n’a reversé au COUD que 59 391 480 francs CFA. Les divers frais de la procédure de vente facturés par le Commissaire-priseur représentent le montant 90 770 240 francs CFA.

Ce qui est quand même déraisonnable.

Mais, à mon sens, ce qui ne pourrait être toléré et qui se trouve rapporter par l’enquête ce sont les tentatives d’intimidation, les menaces ouvertes à l’endroit des membres de l’équipe d’enquête, les actes d’intoxication et l’ordre intimé aux travailleurs du COUD de ne pas déférer aux convocations de l’OFNAC dont le directeur de la structure a été responsable.

Ce type de comportement, indigne d’un manager d’une entité publique doit être vigoureusement puni et en ce sens, les recommandations de l’OFNAC au chef de l’Etat pour que le directeur du COUD soit relevé de ses fonctions et qu’il ne lui soit plus confié la responsabilité de la gestion d’une structure publique doivent être observées.

Pour ce qui est du Groupe la Poste, contrairement à ce qui a le plus été relaté par la presse et s’agissant d’indices graves et concordants d’infractions de faux et usage de faux et de détournement de deniers publics ayant trait à un marché de fourniture de rames de papier, l’autre révélation de l’enquête m’a le plus indigné. Elle est relative à l’existence d’arriérés de paiement d’un montant de plus de quatre-vingts milliards (80 000 000 000) de francs CFA dus au Trésor public par le Groupe La Poste, dans le cadre de la compensation du paiement de chèques postaux.

L’importance de ce montant m’a le plus surpris.

Il n’est un secret pour personne que les entreprises nationales sont globalement dans des situations financières assez délicates. Il est donc compréhensible qu’elles puissent bénéficier du concours financier de l’Etat.

Mais, il est important que cela puisse suivre des critères et règles stricts et très bien définis.

Comment comprendre qu’une entreprise puisse vivre ou fonctionner sur la base de fonds du Trésor ; donc de l’argent du contribuable ?

Si leur rentabilité ne peut être garantie à quoi bon de les maintenir aux frais des contribuables ?

Surtout si l’on sait qu’aucune mesure quant à la rationalisation des charges de ces entreprises n’est prise pour au moins réduire leur dépendance aux contributions de l’Etat.

Les structures publiques ont été et ne cessent d’être des abreuvoirs et des lieux d’assouvissement des militants et de la clientèle des partis politiques qui sont aux affaires.

Elles sont rares à générer des résultats positifs mais ne cessent de recruter et d’alourdir les charges nécessaires à leur fonctionnement.

Chaque Directeur Général qui passe ne réussit qu’une mission ; celle d’enrôler les membres de sa famille, de sa base politique, ses camarades de parti et les multiples personnes recommandées par les autorités politiques et religieuses.

Aucun objectif n’est assigné à ces sociétés qui continuent de nous coûter une importante part à nos maigres ressources.

Peut-on comprendre que les autorités étatiques tolèrent que, malgré des bilans catastrophiques, ces sociétés poursuivent encore des recrutements qui ne répondent à aucun besoin en ressources humaines et pis, que les recrutements ne soient basés que sur l’appartenance ou la proximité aux partis au pouvoir ou aux familles de ses membres ?

Un Etat aspirant à l’émergence et à la rupture doit-Il laisser de telles pratiques se perpétuer aux yeux de tous et au mépris notoire des diplômés des universités et établissements d’enseignement et de formation supérieurs qui croupissent au chômage ?

Au nom de quoi une entreprise comme la Poste doit pouvoir devoir plus de quatre-vingts milliards au Trésor public ?

Nous sommes-nous demandés combien d’hôpitaux cette somme pourrait servir à équiper ? Combien d’écoles pourraient être construites et équipées avec ? Cette somme n’aurait-elle pas pu solutionner le problème que les enseignants ont avec l’Etat ?

Au moment où ce conflit occasionne de très sérieux dommages et qu’il bloque autour de dus que les enseignants réclament à l’Etat qui avance des problèmes de ressources, doit-on tolérer que l’Etat, à coté, investit des dizaines de milliards pour entretenir des sociétés publiques qui ne mènent aucune politique pour s’en sortir ?

Les priorités dans les domaines de la santé, de l’éducation, des infrastructures… semblent passer après celles des services à la clientèle politique.

Je me demande si des fois les autorités pensent à ce que leurs politiques et agissements produisent comme effets chez leurs concitoyens. Combien de personnes meurent par défaut de soins au niveau des structures hospitalières ? Combien d’accidents sur des routes en très mauvais état ? Combien de blessés d’accidents de la route ne sont pas évacués à temps à cause de l’insuffisance des équipements d’urgence.

Pourtant, l’argent que l’on perd par la faute des politiques pourrait nettement contribuer à améliorer les conditions d’existence des sénégalais.

Je suis déçu comme beaucoup de personnes qui ne voient ce qui se passe que d’un œil de Patriote.
Mais, nous risquons d’être davantage déçus si nous poursuivons à croire qu’il est encore possible que le Président s’attache à ses promesses d’antan.

S’il a passé plus de quatre années à renier ce pour quoi nous avions placés nos espoirs en lui, je doute fort qu’il parvienne à renverser la tendance.

Il suffit d’être tout simplement réaliste pour voir qu’on est aux antipodes de ce qui nous a été promis. Et ainsi prédire que la rupture tant annoncée n’est pas pour demain.

Cependant, je prie fort que le tort soit de mon côté et que l’optimisme de certains ne se mue en une énième déconvenue.

En tout état de cause, la patrie avant le parti, ce slogan tant chanté par le Président République au moment de son accession à la magistrature suprême est aujourd’hui, plus que jamais, mis à l’épreuve et dans les prochains jours on saura véritablement s’il s’agissait simplement d’une propagande à des fins démagogiques ou d’une conviction profonde.

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